Un petit coin wabi sabi

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Quelque part, serti au cœur d’une forêt reculée d’Europe, un vieux moulin… On raconte que c’est un sanctuaire qui abriterait des fées… Ce qui est sûr, c’est qu’il constitue un lieu de ressourcement pour des visiteurs du monde entier.

S’il faut, dans des conditions rustiques mais conviviales, leur offrir gîte et couvert, il faut également prévoir un petit coin accessible, minimalement confortable, et cohérent avec l’esprit des lieux !

Le choix de toilettes sèches s’imposait : économie de la ressource en eau dans ce site non raccordé au réseau public, ressource en litière à proximité (scieries). En aval du captage d’eau potable, proche du compost et du jardin, à proximité de la maison et des différentes zones d’hébergement, le petit pavillon est judicieusement placé.

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Sa structure primaire est déjà en place : une plateforme de plain-pied avec le chemin d’accès, abritée par un toit qui pourra recevoir des panneaux solaires, et un niveau technique inférieur pour recueillir les urines et les matières solides de manière séparée. L’enjeu est maintenant d’en achever l’aménagement.

Pour moi, il s’agissait de dépasser deux contraintes : une localisation privilégiée en entrée de site pour ce bâtiment utilitaire, et aussi une structure d’aspect néo-rustique assez banalisante en l’état. Je me suis souvenu des propos de Junichiro Tanizaki au sujet des toilettes traditionnelles japonaises, dans son Eloge de l’ombre :

« Il n’est, pour apprécier pleinement cet agrément [se soulager], d’endroit plus adéquat (…) d’où l’on peut, à l’abri de murs tout simples, à la surface nette, contempler l’azur du ciel et le vert du feuillage. (…) C’est l’endroit le mieux fait pour goûter la poignante mélancolie des choses en chacune des quatre saisons, et les poètes de haïkaï ont dû trouver là des thèmes innombrables. »

Entre le caractère forestier des lieux et celui, ludique et amical, de l’accueil qui y est pratiqué, l’identité proposée pour ce petit coin sera à la rencontre entre un pavillon de thé et un nichoir à oiseaux.

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Etant le premier bâtiment visible du chemin d’accès, il présente une façade plutôt fermée pour à la fois taire sa fonction et oublier le bavardage de son ossature. L’expression d’un volume simple, en bardage bois vertical, fait pendant au volume de la grange et renforce le point focal et cœur du lieu de vie : l’allée couverte et ses portes coulissantes. Cependant, quelques singularités dans les formes et ses matériaux interrogent déjà sur la fonction.

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De planches droites en dosses puis en branches brutes, le bardage se fait plus rustique et plus ajouré, jusqu’à donner accès au lavabo et aux cabines. Une reprise de contreventement dans la partie opaque permet, en se débarrassant d’une contrefiche, d’affirmer le poteau d’angle comme un élément libre, et pourquoi pas d’en faire un accroche sculpturale.
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Les deux principales cabines de toilettes s’ouvrent généreusement sur le paysage du vallon, au travers de grandes ouvertures qui jouent avec la structure du pavillon et offrent une expérience de « cabane dans les arbres », pour faire d’une activité triviale une expérience attentive et joyeuse, tous les sens en éveil.

Outre l’écho à Junichiro Tanizaki, ce petit projet se veut un clin d’œil au travail de l’architecte japonais Terunobu Fujimori, et également de l’agence tchèque A1Architect, toutes pleines de poésie, et dont voici quelques références inspirantes :
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